Des hommes de terrain


Brute de coffrage

 

 

Nouvelles

Auteur : Alain Ortega

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 14, 45 euros
Broché
ISBN  978-2-8225-0273-3  

1) « Ah, lecteur, as-tu déjà entendu une femme commenter du rugby ? Je suis sûr que oui. Et tu sais comme moi que les exégèses des dames ressemblent à un article d’Elle du calendrier du Stade. Comme celui-ci court vite ! Oh, mais il est un peu petit son short à lui ? On voit ses fesses ! »

2) « Ces hommes sont rudes, aguerris, sombres. Ils semblent porter sur leur maillot, au-delà des couleurs locales, l’histoire d’un peuple qui subit tant de conquêtes et accomplit tant d’exploits. Des peuples fiers. Des guerriers avec des histoires de sultans, de tsars et de shahs. Des Caucasiens dans les terroirs de France ; Figeac jumelée à Rustavi et Massy qui tend la main à Mtskheta. »

3) « Alors G. M., seconde ligne de son état, est venu taire son histoire et poser son sac, dans lequel il rangeait les reliques de son lélo ancestral, sur les bords de la Garonne, en Pro D2, au SU Agen. Il ne parlait pas un mot de français. Ce qui lui a permis d’ailleurs de se taire. De ne rien dire. Il ne le pouvait pas. Il ne l’a pas pu. »

4) « Ces hésitations grammaticales montrent bien que, comme le ballon est ovale, les rebonds de la langue sont imprévisibles en matière de rugby. Jouer le rugby et le dire, c’est être aux marges du prévisible et du convenu. Ainsi, le pilard côtoie la boîte à gifles, le plaquage est de cathédrale alors que le ballon est propre, et le jeu se fait au large quand la charnière s’arrache.

D’autres mouillent le maillot au rythme des bandas avant de laisser la place, coaching oblige. Ou bien alors suite à un K.O., notamment quand l’arrière monte trente-six chandelles.
Que les cancres se rassurent, au rugby le redoublement est forcément bénéfique et il est bon de multiplier les temps de jeu.
Les gourmands n’hésitent pas à proposer des caramels, voire des cachous afin de fragiliser l’adversaire. »

Ancien joueur de rugby et professeur de lettres, Alain Ortega est un passionné de mots et de jeu(x). Après plusieurs années de collaboration avec un site dédié à l’ovalie, il décide de faire vivre ses truculents personnages du monde du rugby à travers une quinzaine de nouvelles. Les ivresses du rugby ne sont pas forcément avinées et les hommes rudes ont parfois quelques failles. Et c’est ainsi qu’il est question de baiser sur une falaise balayée par les vents, de chorégraphie du transformeur, de chant des sirènes ou encore de rêve italien… tout cela avec la richesse de notre langue et de ses rebonds inattendus.